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Chant — depuis 1993

Mouss Kelaï
la voix et la plume

Membre fondateur et seule voix de Mass Hysteria depuis 1993, Mouss Kelaï en est aussi l'unique parolier. Son phrasé écorché, entre rap scandé et chant rageur, et sa plume lucide et frontale sont la colonne vertébrale du groupe.

Mouss Kelaï, chanteur de Mass Hysteria, en concert
Mouss Kelaï (chant), Mass Hysteria, en concert. Photo : Eric CANTO.

01 — Les origines

Un fils de Brest

Mouss Kelaï, chanteur et parolier de Mass Hysteria, portrait
Mouss Kelaï, chanteur et unique parolier de Mass Hysteria. Photo : Eric CANTO.

Moustapha « Mouss » Kelaï naît à Brest. Son père, algérien arrivé en France dans les années 1950, est ouvrier à l'arsenal de la ville, syndicaliste et communiste ; sa mère est française. Mouss grandit dans une famille de huit enfants, où toutes les musiques se côtoient : chanson française, disco, rockabilly, tubes du hit-parade.

De cet héritage ouvrier et engagé, il gardera un regard politique sur le monde et une méfiance instinctive envers les puissants — matière première de ses futurs textes. Le rock, lui, viendra recouvrir le tout d'électricité.

02 — De la guitare au chant

Relégué au micro

Les Beatles, puis Téléphone, l'accrochent très tôt. Vers quinze ans, il prend la guitare et monte son premier groupe. Mais il se rêvait instrumentiste, et de son propre aveu, il n'était pas assez bon : on le « relègue » au chant.

Ce hasard contrarié deviendra sa signature. Sa voix — claire, scandée, parfois rappée — finira par incarner à elle seule l'identité vocale de Mass Hysteria, au point qu'on a pu le décrire comme une version francophone de Zack de la Rocha, le chanteur de Rage Against the Machine.

03 — La naissance du groupe

La Cantella, 20e arrondissement

Avec le guitariste Erwan Disez, autre Brestois, Mouss monte à Paris pour faire de la musique. La rencontre décisive a lieu dans un bar du 20e arrondissement, La Cantella, où il croise le bassiste rennais Stéphan « Titou » Jaquet. De cette alchimie naît Mass Hysteria, en décembre 1993.

Le groupe répète au Liberty Rock Studio, tout près de l'église Saint-Germain-de-Charonne. Avec trois Bretons sur cinq membres, on a longtemps cru la formation originaire de Bretagne — un malentendu que Mouss raconte volontiers, lui le « breton de Paname ».

04 — La plume

Le seul parolier

Mouss écrit tous les textes de Mass Hysteria — lucides, frontaux, souvent politiques — que les autres membres, dit-il, « ont la gentillesse de [le] laisser chanter ». De Contraddiction à Tenace, sa voix poing levé est l'ADN du groupe.

Sa devise tient en une phrase devenue un mantra pour les fans : « On n'a jamais fait de la musique pour plaire, on l'a faite pour survivre. » Tout est là — l'urgence, la nécessité, la sincérité rugueuse d'une écriture qui ne cherche pas à séduire.

Il « fait toujours le bilan de ce qui se passe autour de nous », confiait Yann Heurtaux : trente ans après, en regardant l'actualité, il trouve toujours « des choses à dire ».

05 — Pourquoi le français

Le sens avant la forme

Mouss est l'un des rares chanteurs de metal à écrire presque exclusivement en français. Pour lui, l'affaire est entendue : il n'aurait jamais, en anglais, la même épaisseur d'écriture — la versification, les rimes, le sens. En anglais, dit-il, il aurait fait sonner les mots plutôt que porter le fond.

Ce choix a sans doute fermé des portes à l'international : il reconnaît qu'en étant anglophone, le groupe aurait pu tourner partout. Mass Hysteria a tout de même joué en Amérique du Nord, en Irlande ou dans les pays de l'Est — mais Mouss assume, la cohérence avant la conquête.

06 — L'engagement

Une voix contestataire

Passionné de géopolitique, Mouss se réclame de la chanson contestataire française et de groupes comme Trust, Lofofora ou No One Is Innocent. Le poing levé face aux puissants prend racine dans cet héritage familial et musical. À la fin de chaque concert, il fait monter des jeunes sur scène, conscient que ses textes touchent les plus jeunes.

Son rapport au politique a pourtant évolué. Entre deux albums, il confie avoir pris du recul : il a « arrêté de parler de politique », n'écoute plus les infos, se tourne vers les émissions culturelles. « Avant, ils m'énervaient, je voulais comprendre pourquoi. Maintenant, je m'en fous », résume-t-il en souriant — une forme d'apaisement qui n'a pas éteint la colère, juste déplacé le curseur.

07 — La catharsis

Quand l'intime nourrit l'écriture

Au-delà du politique, l'écriture de Mouss puise dans le plus intime. La perte de ses parents a profondément marqué Matière Noire (2015), l'un de ses albums les plus habités, où le deuil affleure derrière la rage.

Sur scène, chaque concert devient une forme de catharsis collective. Trente ans après les débuts, l'émotion reste intacte : après le passage du groupe juste avant Metallica au Hellfest 2024, Mouss raconte ses poils de bras qui se dressent en revoyant des milliers de gens sauter d'un même élan.

08 — Les collaborations

De Miossec à La Brigade

La collaboration la plus surprenante de Mouss reste celle avec Miossec : trois textes signés du chanteur brestois sur l'album éponyme de 2005. Rien d'un hasard — les deux hommes se connaissaient bien avant la gloire, dans le petit milieu musical de Brest.

La culture rap, elle, irrigue son phrasé : Mouss cite La Brigade parmi les formations avec lesquelles il a collaboré. Ce mélange de scansion hip-hop et de hargne metal est l'un des marqueurs du groupe. Toutes les collaborations →

09 — Les influences

Korn, Sepultura, Houellebecq

Côté musique, Mouss cite volontiers Korn et Sepultura, deux piliers du metal des années 1990 dont on entend l'empreinte dans le groove et la lourdeur du groupe. Mais ses références dépassent le metal.

Il admire ainsi l'écrivain Michel Houellebecq, pour sa manière d'explorer des thèmes profonds et controversés sans détour. Une parenté revendiquée : comme le romancier, Mouss aime regarder le réel en face, quitte à déranger.

10 — Le saviez-vous

Le breton de Paname

Le Liberty Rock Studio, où le groupe a fait ses gammes, se trouve à deux pas de l'église qui apparaît à la fin du film Les Tontons Flingueurs — anecdote très parisienne pour une formation qu'on a longtemps crue bretonne.

Trente ans plus tard, Mouss reste la figure de proue d'un groupe-famille : la seule voix, l'unique plume, et le maître de cérémonie qui, soir après soir, transforme un concert en exutoire partagé. « On l'a faite pour survivre », disait-il — et elle l'a fait vivre, lui et des milliers de furieux, depuis 1993.

11 — La voix sur disque

Une couleur par époque

Sur disque, la voix de Mouss a épousé toutes les mues du groupe. Sur Contraddiction (1999), elle est rage pure, scandée, à mi-chemin du chant et du rap — la signature qui fait basculer le groupe dans une autre dimension. C'est l'époque où il pose les fondations de son phrasé.

Vient ensuite la parenthèse 2001-2005, plus pop, plus rap, parfois plus douce, où il explore d'autres timbres au risque de désarçonner une partie du public metal. Puis le retour aux racines, dès Une somme de détails (2007), qui réinstalle la hargne. De Matière Noire (2015) à Tenace (2023), sa voix gagne en profondeur sans rien perdre de son tranchant.

Cette plasticité explique la longévité du personnage : Mouss n'a jamais figé sa façon de chanter, il l'a fait vieillir avec lui, comme on patine un cuir.

12 — Le maître de cérémonie

Le concert comme rituel

Sur scène, Mouss est un chef d'orchestre du chaos. Il descend dans la fosse, déclenche les rituels — le « jump », le wall of death, le circle pit —, harangue, fédère. Chaque concert obéit à une dramaturgie : la montée, les breaks, les chœurs scandés au plafond, et cette fin où il fait monter des jeunes sur le plateau.

Cette générosité scénique est au cœur de la réputation live du groupe. Là où d'autres frontmen jouent la distance, Mouss joue la fusion : il veut que la salle reparte vidée et heureuse, comme après une cérémonie collective. C'est ce don de soi, soir après soir, qui a forgé l'armée de fidèles que constitue L'Armée des Ombres.

13 — L'incident du maire

Quand un élu coupe le courant

L'anecdote est entrée dans la légende du groupe. Le 22 juillet 2002, au festival de l'île du Gaou à Six-Fours-les-Plages, le maire — ayant mal interprété les textes de Mouss — fait couper le courant en plein concert, puis pousse le chanteur, qui chute de plus de deux mètres dans la fosse.

L'affaire fait scandale et illustre, à sa manière, la puissance dérangeante de l'écriture de Mouss : des textes assez frontaux pour qu'un élu s'en émeuve. Loin de l'éteindre, l'épisode a renforcé sa stature de chanteur qui ne mâche pas ses mots. L'histoire complète →

14 — Trente ans de scène

Du Olympia au Zénith

Mouss a porté le groupe sur les plus grandes scènes françaises. En 2013, pour les vingt ans, Mass Hysteria fait salle comble à l'Olympia devant 2 500 personnes — un concert immortalisé en album live, certifié or. Suivent Le Trianon (2016), les passages au Hellfest, ou Le Gros 4 au Zénith de Strasbourg (2022).

Le sommet symbolique reste les 30 ans au Zénith de Paris, en 2025, devant près de 4 000 personnes, avec invités et hommage à Titou Jaquet, le bassiste fondateur disparu en 2021. En 2026, le groupe repart sur les routes pour la tournée intimiste « Sans Détour » et le Motocultor — toujours porté par la même voix qu'en 1993.

15 — Le nom du groupe

Hystérie collective

« Mass Hysteria » — l'hystérie de masse, l'hystérie collective. Le nom n'a rien d'un hasard : il dit l'énergie intense que le groupe cherche à déclencher en concert, cette transe partagée entre la scène et la fosse.

Pour Mouss, tout est là : un concert réussi, c'est un moment où la salle entière bascule d'un même élan, où l'individu se dissout dans le collectif le temps d'un set. Le nom est un programme autant qu'une promesse.

C'est cette connexion fusionnelle avec le public qui définit le groupe depuis 1993 — et que Mouss, en maître de cérémonie, rallume soir après soir.

16 — Les furieux

Une armée de fidèles

Autour de Mass Hysteria s'est constituée une communauté rare de fidélité : L'Armée des Ombres, le fan-club créé en 2013, qui rassemble plus de 12 800 membres. Mouss en est la figure tutélaire, lui qui fait monter des jeunes sur scène à chaque concert.

Cette fidélité a fini par payer, y compris en récompenses : en 2018, près de vingt ans après sa sortie, Contraddiction a été certifié disque d'or, suivi de l'album live de l'Olympia. Une consécration tardive pour un groupe qui n'a jamais couru après les modes.

Les « furieux », comme on les surnomme, sont le véritable moteur de cette longévité : un public qui se transmet de génération en génération, et que Mouss considère, à juste titre, comme une famille.

17 — Les débuts

Des démos à la consécration

Avant la gloire, il y a eu les années de construction. Dès 1994, le groupe enregistre une première démo, suivie en 1996 de CD promotionnels — dont le morceau « Donnez-vous la peine » — qui commencent à faire circuler son nom dans le petit monde du metal français.

En 1997 paraît enfin le premier album, Le Bien-être et la Paix. L'année suivante, un concert à Montréal est immortalisé sur un premier album live, signe précoce d'un lien fort avec le public québécois.

Mais c'est Contraddiction (1999) qui fait tout basculer : plus de 50 000 exemplaires vendus, une tournée marathon, et l'installation durable du groupe dans le paysage. Mouss tient là le disque qui changera sa vie.

De ces débuts laborieux, il a gardé le sens de l'effort et une méfiance des facilités. « On l'a faite pour survivre », répète-t-il — et la formule prend tout son sens quand on se souvient d'où le groupe est parti.