Guitare & production — depuis 2014
Fred Duquesne
le guitariste-producteur
Guitariste de Mass Hysteria depuis 2014 et producteur de ses albums, Fred Duquesne a façonné le « gros son » moderne du groupe. Ancien de Watcha, membre de Bukowski, réalisateur recherché de toute la scène française, c'est l'homme aux dreads qui sculpte autant qu'il joue.
01 — Watcha
Les années de galère
Fred Duquesne s'est d'abord fait un nom à la guitare au sein de Watcha, groupe de néo-metal français dont il est membre fondateur, actif de 1994 à 2008. Les débuts sont rudes : vers 1998, on galère pour payer les loyers, on met sa vie « en stand-by », on vit dans une cave à répéter.
« Ça me fait toujours halluciner quand j'en vois certains qui s'imaginent qu'on roule sur l'or », confie-t-il. De cette époque de vaches maigres, Fred garde une humilité tenace et un rapport au travail quasi obsessionnel — deux traits qui définiront toute sa carrière.
02 — Empyr & Bukowski
Deux autres vies de scène
Après Watcha, Fred poursuit avec Empyr (pop rock, 2007-2012), puis rejoint Bukowski à partir de 2013. Dans ce power trio devenu quatuor, il apporte une seconde guitare et un son plus massif : pour l'album Hazardous Creatures, le groupe a chassé la référence absolue, le « Black Album » de Metallica produit par Bob Rock.
Passer du statut de producteur à celui de second guitariste s'est fait « un peu sans qu'on y réfléchisse des masses », raconte le groupe : Fred « s'emmerdait un peu dans son studio » et adore la route. Cette double vie — Mass Hysteria et Bukowski — ne le quittera plus.
03 — Le producteur
De Brigitte à No One Is Innocent
Car Fred est avant tout un réalisateur recherché. Producteur de Mass Hysteria depuis 2007 — bien avant d'en devenir membre —, il a aussi travaillé avec un éventail impressionnant d'artistes : No One Is Innocent, Eths, Tagada Jones, The Arrs, Tess, Vegastar, mais aussi le duo pop Brigitte (le hit « Battez-vous ») ou les Restos du Cœur.
Cette polyvalence — du metal le plus brutal à la pop la plus léchée — fait sa singularité. Elle lui donne un sens aigu de l'arrangement, du mix et de l'efficacité, qu'il met au service de chaque projet sans jamais imposer une seule recette.
04 — De producteur à membre
Comment Fred a rejoint Mass Hysteria
Mass Hysteria avait déjà sollicité Fred des années plus tôt, avant même l'arrivée de Nicolas Sarrouy. Mais, trop occupé entre la fin de Watcha, les débuts d'Empyr et son studio, il avait préféré décliner honnêtement plutôt que de s'investir à moitié.
Quand Nicolas Sarrouy quitte le groupe après un grave accident, Mass Hysteria rappelle Fred — cette fois pour produire l'album suivant. De fil en aiguille, il se retrouve à jouer la guitare dessus, puis à intégrer définitivement la formation en 2014. Une trajectoire singulière : entré par la régie, devenu pilier du line-up.
05 — Le son moderne
La signature Duquesne
Fred produit les albums du groupe depuis Failles (2009). La collaboration atteint son sommet sur Matière Noire (2015) : une production massive, masterisée à New York par Ted Jensen, saluée comme l'une des plus abouties du metal hexagonal.
Pour Maniac (2018), il a même changé l'essentiel de son matériel d'enregistrement un mois et demi avant la session — un pari risqué, mais payant. Le contraste avec ses premières productions pour le groupe, comme Une somme de détails (2007), est saisissant : preuve d'une exigence qui ne cesse de monter. Il poursuit ensuite sur le diptyque Tenace (2023), enregistré aux studios ICP de Bruxelles.
06 — Deux guitares
Le mur de son avec Yann
Sur scène et en studio, Fred forme avec Yann Heurtaux un binôme de guitares rythmiques qui joue « comme un seul homme ». Tous deux défendent la même idée : dans ce style, il est essentiel de doubler les parties — au point que même les groupes à un seul guitariste doublent en studio.
« Cela crée une sorte d'effet de chorus qu'on ne peut pas obtenir avec une seule guitare. Notre job, c'est de faire ça bien ! », résume-t-il. Deux profils différents et complémentaires, un seul objectif : le mur de son.
07 — Le matériel
Des ESP custom du Japon
Fin 2014, en tournée au Japon avec Bukowski, Fred s'offre le plus beau cadeau de sa vie de musicien : un passage à l'usine ESP pour choisir le bois de deux guitares custom. La même usine qui fabrique celles de Metallica.
Côté méthode, il « veut toujours tout tester et être à la pointe en termes de nouvelles technologies », dit-on de lui. Une curiosité technique permanente qui sert directement sa quête du son le plus massif et le plus défini possible.
08 — Le bourreau de travail
Quatre heures de sommeil
Derrière le « gros son », il y a une discipline de forçat. Fred dort quatre heures et demie à cinq heures par nuit ; le reste du temps, il travaille. Il vit seul, ne fait jamais les courses — « il n'y a jamais rien à bouffer » chez lui —, et se fait livrer entre deux sessions.
Cette intensité ne lui a jamais donné « le melon ». Il avoue même une certaine timidité, presque le sentiment de se demander « ce qu'il fait là ». Monter sur scène et faire des disques, dit-il, « c'est un grand cirque » : il kiffe le son, les riffs, la route — mais le côté paillettes ne le fait pas rêver.
09 — La polyvalence & le regret
Tout jouer, sauf lire la musique
Enfant, Fred avait tous les instruments à disposition dans le garage de ses parents : il sait un peu jouer de tout, et aurait aimé être batteur — en tant que producteur, il adore d'ailleurs enregistrer les batteries. Son modèle de guitariste ? Malcolm Young d'AC/DC, qui « n'est pas le plus grand guitariste du monde mais sait plaquer des accords » et reste une figure du rock'n'roll.
Son seul vrai regret : ne pas avoir de formation classique pour lire et écrire la musique. Cela lui serait utile dans son travail de réalisateur, par exemple pour les arrangements de cordes. Mais il n'a plus le temps de passer des heures sur le solfège — le studio n'attend pas.
10 — Le saviez-vous
L'homme-orchestre de l'ombre
On le surnomme « l'homme aux dreads ». Depuis dix ans, c'est en grande partie à travers ses mains et ses oreilles que passe le son de Mass Hysteria : il ne se contente pas de jouer les morceaux, il les sculpte, les mixe, les masterise dans la foulée.
Concilier Mass Hysteria et Bukowski ne lui fait pas peur — les deux groupes se sont même déjà croisés sur la même affiche de festival, clin d'œil amusé à sa double vie. Guitariste, membre, producteur : Fred est ce rare musicien qui est, à lui seul, plusieurs maillons de la chaîne.
11 — Secrets de studio
Le mixeur de hits
Le savoir-faire de Fred en studio a fait l'objet de masterclass filmées, où il détaille le mixage de plusieurs hits : « Battez-vous » de Brigitte, « Brothers Forever » de Bukowski ou un titre de Mass Hysteria. Sa philosophie ? Avec un système bien compris et maîtrisé, on peut « produire du sérieux » sans être Abbey Road.
Toujours en quête de la pointe technologique, il aime tout tester, changer de méthode, affiner le mix pendant des semaines. C'est ce mélange d'oreille et d'obsession technique qui fait de lui l'un des réalisateurs les plus demandés de la scène française — du metal le plus brutal à la variété la plus exposée.
12 — Album par album
L'empreinte d'un producteur
Depuis Failles (2009), chaque album de Mass Hysteria porte la patte de Fred. Sur L'Armée des Ombres (2012), il consolide le son ; sur Matière Noire (2015), il signe la production la plus saluée du groupe.
Sur Maniac (2018), il pousse encore le curseur, quitte à renouveler son matériel à la dernière minute. Et sur Tenace (2023), il emmène le groupe aux studios ICP de Bruxelles. À chaque fois, la même obsession : un son massif, défini, taillé pour la scène autant que pour le casque.
13 — Le son de référence
À la poursuite du Black Album
La boussole sonore de Fred, c'est souvent le « Black Album » de Metallica, produit par Bob Rock — référence absolue de puissance et de lisibilité. Avec Bukowski comme avec Mass Hysteria, il chasse cette densité, ce mur de son massif et pourtant parfaitement défini.
Habitué jadis au travail analogique « à l'ancienne », il a embrassé sans nostalgie les outils modernes pour aller chercher ce résultat. Pour lui, la technologie n'est pas une fin mais un moyen : tout ce qui sert l'émotion et la puissance est bon à prendre.
14 — Son propre studio
Le QG du son
Au cœur du métier de Fred, il y a son studio — son QG, le lieu où il passe l'essentiel d'un temps qu'il compte peu. C'est là qu'il enregistre, mixe et masterise, pour Mass Hysteria comme pour les nombreux artistes qui font appel à lui.
Sa méthode a évolué : longtemps adepte du travail analogique « à l'ancienne », il a embrassé les outils numériques les plus récents, dans une logique d'efficacité plutôt que de nostalgie. Tout ce qui sert le son massif et défini qu'il recherche est bon à prendre.
Ce studio est aussi ce qui a failli l'éloigner de Mass Hysteria : trop occupé, il avait d'abord décliné. C'est finalement par lui — la production — qu'il est entré dans le groupe, avant d'y rester comme guitariste.
15 — De la variété au metal
La preuve par la polyvalence
Peu de producteurs metal peuvent se targuer d'avoir mixé un hit du duo pop Brigitte et un brûlot de No One Is Innocent. Cette amplitude — de la variété la plus exposée au metal le plus brutal — est la marque de fabrique de Fred.
Elle lui donne un sens rare de la chanson, de l'efficacité et de l'arrangement, qu'il réinjecte dans Mass Hysteria sans jamais lisser ce qui doit rester tranchant. Savoir faire sonner une voix pop aide aussi à faire sonner un cri.
Cette polyvalence n'a rien dilué de son identité de guitariste : avec Bukowski comme avec Mass Hysteria, il reste un homme de riffs et de scène. Producteur le jour, bête de live le soir — et souvent les deux à la fois.
16 — Watcha
Pionnier du néo-metal français
On l'oublie parfois derrière sa casquette de producteur, mais Fred est d'abord un musicien de scène, et un pionnier. Membre fondateur de Watcha, il a contribué à poser les bases du néo-metal français dans les années 1990 et 2000, de 1994 à 2008.
C'est l'époque des galères assumées — la cave, les loyers difficiles, la vie « en stand-by » au service de la musique. Mais c'est aussi là qu'il forge son oreille, son sens du riff et cette éthique de travail qui ne le quittera plus.
Watcha lui sert de laboratoire : il y apprend autant la guitare que la production, deux compétences qu'il fera fructifier ensuite avec Empyr, Bukowski, puis Mass Hysteria. La boucle, en somme, d'un homme qui n'a jamais séparé le jeu du son.
De ce groupe matriciel, il garde une fierté tranquille et un statut de référence pour toute une génération de musiciens metal français — celle-là même qu'il produit aujourd'hui dans son studio.
17 — Une famille de scène
Producteur des siens
Le réseau de Fred dessine, en creux, une carte du metal et du rock français. Beaucoup de ceux qu'il a produits — No One Is Innocent, Tagada Jones, Eths, The Arrs — sont aussi des compagnons de route, croisés sur les festivals et les tournées.
Cette proximité nourrit son travail : produire des gens qu'on connaît, dont on partage la scène, change la manière de capter un son. Il ne s'agit pas seulement d'enregistrer des notes, mais de traduire l'énergie d'une famille élargie dont il est l'un des artisans de l'ombre.
De Watcha à Mass Hysteria, en passant par son studio et ses innombrables productions, Fred occupe ainsi une place singulière : celle d'un homme par qui passe, depuis trente ans, une bonne partie du son du metal français.