Batterie — depuis 1995
Raphaël Mercier
le cœur battant
Batteur de Mass Hysteria depuis le milieu des années 1990, Raphaël « Rapha » Mercier est le cœur battant du groupe : une frappe puissante, une science du groove, et un rôle qui déborde largement des fûts — programmation des machines et intendance comprises.
01 — Le parcours
Batteur historique
Rapha rejoint Mass Hysteria au milieu des années 1990, à peu près en même temps que Yann Heurtaux, peu après la formation du groupe. Présent sur l'ensemble des albums, il en est l'un des piliers historiques — au point de figurer en couverture de magazines spécialisés comme Batteur Magazine.
Trente ans plus tard, sa frappe martiale et sa double grosse caisse forment toujours la charpente du son live qui a bâti la réputation scénique du groupe. C'est la régularité d'un métronome doublée de la puissance d'un marteau-piqueur.
02 — Le jeu
Simple, puissant, solide
La philosophie de Rapha tient en quelques mots : jouer simple et efficace. Pas de démonstration technique tous azimuts — on fait ce qui marche, et on le fait de manière ultra solide. Une approche qu'il transmet volontiers en masterclass et en cours particuliers.
C'est cette puissance et cette régularité implacable, plus que la virtuosité, qui donnent au groupe son assise scénique. Là où d'autres multiplient les plans, lui cherche le groove juste, celui qui fait bouger une fosse entière sans jamais flancher sur la durée d'un concert.
03 — Le programmateur
Batteur et machines
Au-delà de la batterie, Rapha gère une grande part de la programmation et des samples — ces machines greffées sur les riffs, marque de fabrique du groupe — et c'est lui qui les déclenche en live. Son travail a été particulièrement salué sur Matière Noire (2015).
Cette double compétence — frappe organique et précision électronique — est au cœur de l'équation « moitié hommes, moitié machines » qui définit Mass Hysteria. Le batteur n'est pas seulement derrière les fûts : il est aussi aux commandes du tapis sonore qui habille les morceaux.
04 — Maniac
L'album « plus-plus »
Sur Maniac (2018), Rapha a vu son jeu poussé dans ses retranchements. Yann et Fred avaient programmé des batteries dans les démos, avec des idées hors de ses habitudes. Il a repris quasiment toute la direction rythmique, ajouté, fignolé — et progressé.
Sa formule pour résumer l'album est restée célèbre : « Maniac, c'est l'album plus-plus. Quand c'est rapide, c'est plus rapide. Quand c'est lourd, c'est plus lourd. Quand c'est mélodique, c'est plus posé. » Tout un programme, exécuté avec une rigueur de métronome.
05 — Le matériel
Pearl, Vic Firth & compagnie
Endorsé par la marque Pearl, Rapha joue un kit massif, accordé pour la puissance, avec des baguettes Vic Firth et des cymbales choisies pour percer le mur de guitares. Un matériel taillé pour encaisser des dizaines de dates par tournée sans jamais faiblir.
À Paris, contrainte de batteur urbain : impossible d'avoir un kit acoustique chez lui à cause du voisinage. Il s'entraîne donc sur une batterie électronique — et regrette parfois la province, où il pouvait jouer autant d'heures qu'il voulait.
06 — Les influences
Le groove avant la technique
Côté influences, Rapha cite Phil Rudd (AC/DC), Stewart Copeland, Jason Bonham, Nicko McBrain, Dave Lombardo ou Vinnie Paul — des batteurs « à personnalité » plus qu'à technique pure. Son constat sur la nouvelle génération est tendre mais lucide : beaucoup d'excellents techniciens, « ça va super vite », mais parfois moins de personnalité que chez ces anciens.
La partie de batterie qu'il aurait rêvé d'écrire ? Spontanément, c'est « Angel of Death » de Slayer qui lui vient — un sommet de violence rythmique qui dit bien d'où il vient.
07 — Le fan de Ghost
Redevenir un gamin
Rapha voue une vraie fixette au groupe Ghost. Quand il ne répète pas, il aime « prendre des skeuds », mettre le casque et rejouer par-dessus, redevenant « un gamin qui joue sur des disques en se prenant pour quelqu'un d'autre ». Une manière de garder intacte la flamme d'origine.
Cette gourmandise d'auditeur-praticien nourrit son jeu : on n'entend pas seulement un métier chez lui, on entend un fan qui n'a jamais cessé d'aimer taper sur des fûts.
08 — L'intendant
Le métronome et les rouages
Rapha n'est pas que le moteur rythmique : c'est aussi lui qui s'occupe d'une grande partie de l'organisation du groupe. Quand il s'agit de monter un événement comme les 30 ans au Zénith, « c'est Rapha qui gère ce genre de chose », confie Mouss.
Pendant seize ans, il n'a fait que Mass Hysteria ; mais avec la crise du disque, les revenus ont chuté, et il a choisi de « bosser à côté » plutôt que de jouer avec des musiciens qui ne l'intéressent pas. Son terrain de repli ? Les cours de batterie — son vrai « kif ».
09 — Hors scène
Le chat, le tennis, les vinyles
Loin des projecteurs, Rapha revendique une vie simple : la famille, le chat, le tennis et les vinyles. « C'est l'âge qui veut ça aussi », plaisante Mouss à ses côtés. Une sérénité de quadra qui contraste avec la fureur de ses concerts.
S'il reconnaît que le « melon » guette tout musicien à qui l'on répète qu'il est le meilleur, il salue l'entourage du groupe — la famille, les proches — qui garde tout le monde les pieds sur terre. Chez Mass Hysteria, la modestie est une discipline collective.
10 — Le saviez-vous
Le cœur, au propre et au figuré
On l'a surnommé « le cœur battant » de Mass Hysteria, et la formule n'a rien d'usurpé : il donne le tempo sur scène, déclenche les machines, et tient les rouages en coulisses. Retirez le batteur, et c'est toute la mécanique qui s'arrête.
Trente ans après ses débuts, Rapha reste fidèle à sa ligne : pas de chichi, du solide, du groove. La preuve qu'en metal aussi, la puissance la plus durable est souvent la plus sobre.
11 — Sur tous les albums
Trente ans de fûts
Arrivé au milieu des années 1990, Rapha a joué sur l'ensemble de la discographie studio, du Bien-être et la Paix (1997) au diptyque Tenace (2023). Il a accompagné toutes les mues du groupe : la consécration de Contraddiction, la parenthèse pop du début des années 2000, le retour aux racines, puis le grand son moderne.
Cette permanence fait de lui, avec Yann Heurtaux, la mémoire rythmique de Mass Hysteria. Quand tout change autour — guitaristes, bassistes, samplers —, la frappe de Rapha reste le repère qui relie les époques.
12 — Le live, son royaume
Le moteur du wall of death
C'est sur scène que le jeu de Rapha prend toute sa dimension. Sa double grosse caisse et sa frappe martiale sont le moteur des grands rituels de fosse : c'est sur sa caisse claire que « le mosh pit s'ouvre », c'est son tempo qui déclenche les murs de la mort.
De l'Olympia 2013 aux Zéniths, en passant par les éditions successives du Hellfest, il a tenu la baraque sur les plus grosses dates du groupe. Sa science de l'énergie — savoir quand pousser, quand retenir — est l'une des clés de la réputation scénique de Mass Hysteria.
13 — Endorsements & transmission
Pearl, Batteur Mag, masterclass
Batteur reconnu, Rapha est endorsé par Pearl et a fait la couverture de magazines spécialisés comme Batteur Magazine. Il anime aussi des masterclass — il en a notamment tenu une avec le bassiste Vincent Mercier — où il prêche sa bonne parole : jouer ce qui marche, et le jouer solide.
La transmission est d'ailleurs au cœur de sa vie de musicien. Les cours de batterie qu'il donne ne sont pas seulement un complément de revenu : c'est son « kif », sa manière de rester en prise avec l'instrument et de passer le relais à la génération suivante.
14 — Le batteur qui dure
S'adapter pour rester
La carrière de Rapha raconte aussi, en creux, l'histoire économique du metal français. Pendant seize ans, il n'a fait que Mass Hysteria ; mais la crise du disque a fait fondre les revenus, et il a dû diversifier ses activités — toujours dans la musique, jamais en se reniant.
Cette lucidité, sans amertume, explique sa longévité. Là où beaucoup se sont essoufflés, lui a tenu, en gardant les pieds sur terre et l'amour de la frappe intact. Trente ans après, il est toujours là, derrière les fûts — le cœur qui bat.
15 — Moitié homme, moitié machine
Quand la batterie rencontre l'électro
La signature rythmique de Mass Hysteria tient à un dialogue permanent entre la frappe organique de Rapha et le tapis électronique du groupe. Les samples, conçus historiquement par l'ancien guitariste Olivier Coursier — et, sur certains titres récents, par Marc Animalsons —, viennent habiller les morceaux une fois la batterie posée.
En concert, c'est Rapha qui déclenche ces machines : il est à la fois l'homme et le chef d'orchestre des machines, garant de la synchronisation parfaite entre l'humain et l'électronique. Un rôle exigeant, qui demande autant de rigueur métronomique que de feeling.
Cette double nature — fûts et programmation — est au cœur de l'équation « moitié hommes, moitié machines » qui définit le son du groupe depuis ses débuts.
16 — Le groove avant tout
La leçon des anciens
Rapha a un credo : la personnalité prime sur la technique. Il admire les batteurs « à groove » plus que les démonstrateurs, et regrette parfois, chez la jeune génération, une virtuosité un peu froide — « ça va super vite, ça fait des plans dans tous les sens, mais il y a moins de personnalité ».
Il citait ainsi, après un concert de Black Sabbath, le « groove bizarre et barré » de Bill Ward, irremplaçable malgré la maestria de son successeur. Une remarque qui dit tout de sa conception de l'instrument : la batterie ne sert pas à éblouir, mais à faire bouger.
C'est cette philosophie, héritée des Phil Rudd, Copeland et autres Bonham, qu'il applique soir après soir dans Mass Hysteria : du solide, du groove, et pas un coup de trop.
17 — Sur la route
L'endurance d'un marathonien
Le métier de Rapha, c'est aussi celui de la route. Mass Hysteria est un groupe de scène, et la batterie en est le poste le plus physique : des dizaines de dates par tournée, des concerts d'une intensité totale, à tenir sans jamais faiblir sur le tempo ni sur la frappe.
Pour défendre Matière Noire (2015), le groupe enchaîne une centaine de dates à travers la France, le Canada et jusqu'en Russie. Un marathon où l'endurance compte autant que la technique, et où la régularité de Rapha fait la différence.
Cette exigence physique, il la prépare et l'entretient, conscient qu'un batteur qui flanche, c'est tout l'édifice qui vacille. Sa sobriété de jeu — pas un coup de trop — est aussi une stratégie de survie sur la longueur d'une tournée.
Trente ans de scène plus tard, il est toujours là, derrière les fûts, à donner le tempo des grands rituels de fosse. Le cœur battant, increvable.
18 — La transmission
Masterclass et pédagogie
La passion de Rapha pour la transmission ne se limite pas aux cours particuliers. Il lui est arrivé d'animer des masterclass aux côtés du bassiste Vincent Mercier — qui partageait avec lui, le temps de cette période, jusqu'au nom de famille — pour partager sa vision du jeu : la puissance, l'efficacité, la solidité avant la démonstration.
Pour lui, enseigner n'est pas une activité de repli, c'est un prolongement naturel de l'instrument. Faire comprendre à un élève qu'un bon batteur n'est pas celui qui en fait le plus, mais celui qui place le bon coup au bon endroit : voilà sa pédagogie, directement issue de trente ans de scène.